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La
série Steinberg, c'est d'abord l'histoire d'un homme exceptionnel,
de sa famille, de sa communauté. C'est aussi la naissance, la
croissance et la mort d'une entreprise qui a marqué l'histoire
du Québec. C'est enfin, à travers ce double récit,
un portrait de l'économie québécoise.
Né dans le «no man’s land» - la «Main»
- qui séparait autrefois la contrée des anglophones à
l’ouest et le territoire des francophones à l’est,
Sam Steinberg fut le premier commerçant à déceler,
dans l’éclosion du Québec moderne, non seulement
l’apparition d’un marché, mais encore d’un
marché de masse - passez-nous l’expression - distinct.
Monsieur Sam, comme l'appelaient ses proches et beaucoup de ses
clientes, fut plus qu'un simple épicier. Il fut l'inventeur d'une
nouvelle façon de concevoir le commerce de l'alimentation
au Québec. Il a innové dans la distribution, les services
aux clients, et fut un des premiers entrepreneurs à se lancer
dans l'immobilier commercial, au moment où être «vendeur
de laitue» était encore une profession dépréciée
en Amérique du Nord. Juif anglophone, il s'est imposé
dans une société fortement nationaliste, et méfiante
face aux juifs. Illustration de son succès: les Québécois
disaient «faire son Steinberg», au lieu de «faire
son marché». Son approche du commerce a même servi
de modèle à l'étranger, en France notamment, où
il a implanté à la fin des année 1960 les premiers
supermarchés «à l'américaine».
Raconter l'histoire de Steinberg, c'est raconter l'immigration
à Montréal au début du siècle, la vie quotidienne
de la communauté juive de la «Maine», les années
douloureuses de la crise et de la guerre, l'éveil du Québec
au modernisme dans les années 1950, les luttes syndicales
des années 1960 et la montée du nationalisme, y compris
l'épisode mouvementé du FLQ (c'est lors d'un conflit
chez Steinberg que l'agent Robert Samson fut victime de l'explosion
d'une bombe qu'il allait déposer). Mais c'est aussi évoquer
les problèmes de succession qu'ont connus tant d'entreprises
familiales québécoises. Enfin la phase ultime de cette
saga met en scène la Caisse de dépôts et de placements
du Québec qui transféra l'empire à un gestionnaire
professionnel dont l'échec illustre à sa façon
les ratés de ce qu'on a appelé «Québec inc.».
À chaque époque, en somme, l'histoire «micro-économique»
de Steinberg, comme entreprise, rejoint l'histoire «macro-économique»
du Québec.
Chronique d’une entreprise familiale, Steinberg affiche
aussi des personnages secondaires saisissants - notamment, Ida, la mère,
qui a ouvert la première épicerie en 1917 et donné
à l'entreprise sa philosophie commerciale, et Mitzi, la fille,
qui ne parvint qu'à demi à assumer la succession, en partie
parce qu'on l'y avait mal préparé, en partie parce que
l'entourage de son père, plutôt conservateur, n'était
pas prêt à accueillir l'héritière. Destin
tragique, typique hélas de la «family business».
prix gémeaux (1996)
1. Meilleures recherche série
d’information : affaires publiques
documentaires toutes catégories ou spécial d’information
: Terry Foxman, Tom Puchniak et Pierre Sormany
2. Meilleur montage :
toutes catégories documentaire, série d’information
: affaires publiques ou spécial d’information : Vidal Béïque
3. Prix du multiculturalisme
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